Femme de ménage ou aide ménagère ?

 

Ce n’est pas un hasard si la sémantique est importante dans cette profession. Elle est en effet frappé d’un double sceau de sensibilité.

  1. D’une part la féminisation des appellations métiers (femme de ménage, technicienne de surface, femme de chambre, servante, gouvernante etc). Mais… Où sont les hommes ?
  2. D’autre part, elle souffre d’une image dégradée de « petit métier », réalisant les tâches ménagères que d’autres ne souhaitent pas réaliser, et d’une rémunération faible. Qui veut devenir femme de ménage ?

Mais au fond, qui connait vraiment ce métier ?

Femme de ménage, les origines…

A l’origine, il y a toujours eu des personnes ayant les moyens de payer pour avoir une main d’œuvre consacrée à l’entretien de leur maison, et d’autres disposées à réaliser le travail pour un prix entendu. Le droit qui s’exerce est alors celui du plus fort, ou du plus riche, au détriment de celui du plus faible, ou du plus pauvre. On pense que la domesticité à l’origine des métiers qui se déclineront plus tard existe depuis des temps immémoriaux, sous des formes de travail ou la servitude est plus ou moins absolue, et le droit du travail inexistant. Passons sur ces siècles d’histoire ou les historiens ne se sont pas penchés sur le personnel pourtant au service de toute famille aisée dès l’antiquité.

On sait également que le moyen age regorge de servantes et de valets, lesquels ont des maitres qui ont tout droit sur eux, y compris de les battre, les faire dormir avec les animaux dans la grange, et les mettre dehors lorsqu’ils n’en ont plus besoin etc… A cette époque, la domesticité ressemble toujours plus à l’esclavage qu’à un métier organisé, pas étonnant qu’ensuite il n’en reste pas une image valorisée. Mais pour autant que les métiers de servantes et de valets soient fort répandus, et pour autant qu’ils soient restés dans le vocabulaire commun, ils ont traversés les siècles dans qu’aucun sociologue ou historien ne leur accorde une importance autre qu’un léger descriptif. Les pièces
de Molière nous donne bien un petit aperçu descriptif de fin du 17ième, mais pourrait on dire, le pire était passé…

Il faut attendre le 18ième siècle pour en savoir plus, avec force de détails précis sur celles que l’on appelle plus « servantes », mais « domestiques », et qui regroupe des métiers de femme de chambre, nourrice, ou cuisinière. On ne peut pas dire que les 18ième et 19ième siècle soient glorieux pour la profession au regard de ce qu’on penserait des conditions de travail avec les yeux d’aujourd’hui, mais ils constituent historiquement l’apogée du personnel de maison.

Femmes de ménage, l’apogée…

Notons d’abord que si les hommes ont fait une percée dans la profession dans l’antiquité, puis au moyen âge en tant que valets, s’en est terminé pour eux lorsque démarre la forme organisée du travail domestique au 18ième siècle. A cette époque, la ségrégation sexuelle structure la société, autant dans le droit que dans l’organisation du travail. Aux hommes, les tâches productives, aux femmes les tâches reproductives… telle est la répartition !

C’est ainsi que dès son plus jeune âge, la jeune fille aidera sa mère dans un florilège de tâches ménagères éreintantes, car tout se fait à la main, tout est lourd, et les familles sont nombreuses. En outre, les filles ne vont pas ou peu à l’école, la disponibilité est bien souvent totale dès le plus jeune âge, et les sœurs suivent le chemin de leurs ainées dans une domesticité familiale dont finalement elles ne sortiront jamais.

Il est alors courant, pour les familles qui habitent en ville, de placer leurs filles comme domestique au sein d’une famille bourgeoise. Les filles sont souvent très jeunes, à partir de 12 ans, et vont rester au service de la famille d’accueil jusqu’à leur mariage. Pour leurs parents, c’est une bouche de moins à nourrir, pour la jeune servante, c’est une nouvelle vie qui commence.

Et le moins que l’on puisse dire lorsque l’on se penche un peu sur les divers écrits historiques, c’est qu’il n’y a pas là non plus, de quoi glorifier le métier !

Des tâches ménagères innombrables !

Tout d’abord, la servitude était totale. Toutes les tâches dévolues à la jeune servante dépendaient totalement de ce que ces « maitres » souhaitaient lui voir faire. La lessive et le linge en général, le nettoyage de l’habitation, les courses, s’occuper des animaux, de la cuisine pour les familles qui n’ont pas de cuisinière, allumer les bougies, le poêle, s’assurer que le feu soit toujours comme il se doit, récurer les casseroles, l’argenterie etc.. A Les journées durent 16 à 18 heures et le travail est harassant. Le soir, notre jeune domestique, qu’on appelle alors la bonne à tout faire, ou la boniche, ira dormir à demeure bien sur, dans sa « chambre de bonne », lieu généralement minuscule situé dans les mansardes ou proche de la cuisine, dont les grandes villes ont encore d’innombrables exemplaires. Le dimanche après midi elle ne travaille pas, c’est son seul moment de repos. Elle en profitera pour voir sa famille, aller au marché, et peut être à cette occasion rencontrera t elle son futur mari, ce qui lui permettra de passer d’une servitude à l’autre…

L’obéissance et la discipline sont indiscutables. La servante est bien souvent considérée comme faisant partie des « biens », elle est souvent abusée par les hommes de la maison (quiconque a lu Victor Hugo sait qu’il s’en vantait sans gène aucune) et malmenée par les femmes qui la dirigent pour le peu qu’elle ne tombe pas dans une bonne famille. Force est de constater que le fameux « troussage de domestique » est un fait courant, ne constituant absolument pas un délit, et que les humiliations, la surdose de travail, et l’injustice sont monnaie courante. Un travail mal réalisé ou mal compris justifié d’être battu, ne parlons même pas d’une casse ou d’un vol…

En outre, obligation leur est faite d’être célibataire, aucune vie privée ne saurait être tolérée, pas de fiancé, encore moins d’enfant. Et il va de soit qu’une grossesse signe le glas du placement, et le retour honteux chez les parents.

Pour un salaire mirobolant …

Sait on que les domestiques du 18ième et 19ième siècle en France et en Angleterre (ou l’apogée a lieu sous période Victorienne) ne sont tout simplement… pas payées !

Elles sont nourries, blanchies, logées, et c’est tout.

Développement et crise

En même temps que se développe une petite bourgeoisie, la demande en personnel domestique s’accroit et se structure. On a des gouvernantes pour les plus grandes maisons, qui dirigent une batterie de domestiques dont certains sont affectés par étage, par métier, par personne. On circule un peu plus il faut donc avoir des recommandations des précédentes familles sans lesquelles il ne saurait être question d’intégrer une nouvelle maison, toute une hiérarchie de compétences et d’expériences s’établissent, de la petite servante non payée à la gouvernante indispensable qu’on s’arrache. Jusqu’à atteindre une volumétrie incroyable puisqu’au milieu du 19ième siècle, c’est pas moins de 15% de la population active des grands villes Européennes qui est affectée aux tâches domestiques au sens large. A Paris en 1850, cela représente environ 50.000 personnes, c’est à dire pour l’époque, qu’un foyer sur 6 environ dispose d’un personnel de maison !

Mais déjà s’amorce l’inexorable déclin d’une profession dont l’organisation est marquée par la servitude et les conditions de travail misérable.

En plein développement l’industrie réclame des bras, et nombre de femmes préfèrent embaucher à l’usine textile ou les 12 heures par jours sans droit de cuissage et payées..  paraissent fantastiques au regard des emplois de domestiques. C’est ainsi que sur toute la seconde moitié du 19ième siècle, les familles bourgeoises ont du mal à trouver du personnel de maison. Elles s’en plaignent et les conditions proposées s’améliorent, sans que pour autant elles n’arrivent globalement à enrayer le phénomène de raréfaction.

A l’aube du 20ième siècle, l’amélioration de la scolarité et la naissance d’un secteur tertiaire ont conduit les femmes vers de nouveaux métiers : On devient secrétaire, dactylo, infirmière etc.. En parallèle on note une évolution lente mais certaine des conditions de travail et de la réglementation.

Quelques décennies plus tard, au delà des choix de professions, l’évolution du code et des conditions de travail, les minima de salaires, d’horaires, les contrats de travail, les nouvelles règles etc.. auront balayé l’ancienne servitude ancestrale des « maitres » envers leurs « domestiques » et des emplois dégradants payés une misère.

La guerre qui a ruiné la France, la reconstruction qui mobilise toutes les forces vives, ont cantonné les anciens métiers d’aides domestiques à quelques centaines de personnes au service des plus riches, sans que toutefois ne soit abandonnées de bien mauvaises habitudes, puisqu’on estime que 90% du personnel de maison travaille sans être déclaré.

Renouveau et développement

A partir de la fin du 20ième siècle, l’organisation du travail est totalement bouleversée. Les femmes travaillent autant que les hommes, font les mêmes études et les mêmes carrières. On s’enrichit, on devient hédonistes, on rentre dans la civilisation des loisirs. On veut profiter de sa vie, de ses week-end, l’industrie du voyage et de l’occupation du temps libre explose.

On travaille moins, mais la compétition est beaucoup plus rude, l’intensité du travail épuise, on veut profiter du temps qu’il reste.  L’évolution du pouvoir d’achat permet de faire appel à une aide ménagère et un nombre croissant de familles y ont recours.

Il ne s’agît plus comme au siècle précédent d’oisives familles bourgeoises, mais au contraire de cadres en activité qui travaillent intensément et veulent se dégager du temps en sous traitant des tâches ménagères qu’ils se partagent habituellement. Et il ne s’agît pas pour eux de sous payer une bonne à tout faire, mais de disposer d’une technicienne formée, qui saura comment prendre soin d’un intérieur design et de ses matériaux et objets de décoration ad hoc.

Aides ménagères !

Ne les appelez plus femmes de ménage après avoir lu tout ce qui précédait ! Car non seulement on en conçoit mieux le coté péjoratif lorsque l’on prend connaissance de l’historique de la profession, mais de plus le métier n’est plus du tout le même. Le métier aujourd’hui est principalement structuré autour de deux déclinaisons :

  • Bien sur, tout n’est pas rose pour autant, et le travail dissimulé constitue une réalité qu’on ne peut occulter.
  • Les aides ménagères : Elles interviennent en journée chez des particuliers, pour réaliser des tâches précises et connues par avance, qui nécessitent une technicité. Lorsqu’elles travaillent pour une société, ce qui est de plus en plus le cas, elles sont en CDI au sein de cette société, sont considérées comme sa principale richesse et le vecteur de son image. En cela elles sont parties prenantes de l’entreprise, et participent à son évolution. Leurs horaires sont souvent aménagés pour concilier vie personnelle et professionnelle. Lorsqu’une prestation est dégradante (état de la maison, comportement du client), elle est arrêtée et remplacée. Leur salaires sont à l’égal des employés et ouvriers des autres professions.
  • Les gouvernantes : Elles interviennent à temps plein chez la même famille généralement pour le ménage, les courses, et la cuisine. On leur demande un véritable travail d’orfèvre, souvent un anglais courant, et du travail de conciergerie (réservation de billets, de place, de restaurant etc..). Elles perçoivent un salaire que bien des cadres envieraient, sont souvent logées dans de bonnes conditions, et parfois travaillent en couple Monsieur assurant la partie jardin, bricolage, voiture.

Mais….

Pour une aide ménagère professionnelle, dont les conditions de travail seront respectables, chacun peut faire le choix d’un acte citoyen en passant par une société de services à domicile ! 😉