L’emploi à domicile rapporterait plus qu’il ne coûte ?

 

Selon une étude publiée cette semaine par la FESP (fédération des entreprises de services à la personne), la différence entre les aides accordées au secteur et les bénéfices engrangés par celui ci au crédit de la collectivité, serait largement en faveur d’un crédit positif.

A l’appui de ses dires, l’étude (qui repose sur les chiffres de 2010) publie les chiffres suivants :

  • Coût fiscal des crédits et déductions d’impôts : 6,3 milliards d’€
  • – 5,1 milliards d’impact directs, principalement de cotisation chômage qu’il faudrait payer si les personnes travaillant dans les SAP n’avaient pas de travail
  • – 2,76 milliards d’impact indirects, qui vont de l’économie des places en crèche et en maison de retraite, en passant par le paiement des impôts des salariés qui n’en aurait payé sans emploi, jusqu’à la très osée économie de redoublement de 360 millions d’euros grâce au soutien scolaire.

Bilan de l’affaire, un crédit positif de 2,6 milliards d’euros en faveur des services à la personne.

A l’heure où le gouvernement nouvellement en place veut rogner les niches fiscales, on comprend bien l’argument de la FESP qui défend ses ouailles à juste titre, puisque c’est son job : Ne touchez pas à cette niche fiscale puisqu’elle rapporte des sous !

L’argument numéro deux lui, sera l’épouvantail : en plus si vous y touchez, c’est 100.000 à 200.000 emplois qui vont se perdre, sachant qu’ils sont non délocalisables, et à employabilité réduite.

Argumentation implacable, étude sérieuse, mais.. Le gouvernement y accordera t il une importance ?

Pas si sur..

Qui du rationnel ou de l’idéologique va gagner ? Les emplois et l’éthique auront ils raison de la comm’ Politique ?

C’est à voir…

Dans cette affaire, plusieurs choses sont certaines :

  1. Le coût des services à la personne ne peut être regardé à l’aune des crédits fiscaux uniquement, il va de soit les bénéfices en matière de cotisation chômage qu’il ne faudra pas verser ou d’allocations diverses sont autant d’économies dont il faut tenir compte.
  2. Le secteur est un employeur important fournissant des emplois à des personnes souvent en situation de faible employabilité, quelques chiffres 2011 (source bipe) :
  • 1,9 millions de salariés, soit 900.000 en « équivalents temps plein »
  • C’est à dire, 4% des équivalents temps pleins de l’économie Française
  • Au passage, c’est depuis 2005 le 5ième plus fort taux de croissance moyenne et c’est devenu le 9ième secteur de l’économie française.

Un secteur qui impacte 4% des travailleurs et touche plus d’un million de personnes, ça devrait faire réfléchir avant de mettre les mains dans le cambouis non ?

Il faut comprendre qu’un particulier qui paye son service de garde d’enfants ou de prestation ménagère 20€ de l’heure à une société ou un particulier, déduira finalement 50% de ses impôts, il lui en coutera finalement que 10 € de l’heure.

Imaginons un instant, pour cause de suppression totale ou partielle de la niche fiscale correspondante, que soudainement ceci ne lui coûte plus 10 € par heure, mais 20 €.. Que feront les particuliers fassent à cette augmentation ?

Pour partie d’entre eux, ils passeront de gré à gré et continueront à bénéficier des services dont ils ont besoin, mais en travail dissimulé.

Ce qui pourrait donner :

– Pour 20% des personnes qui passeraient en travail dissimulé : 360.000 chômeurs de plus, soit 180.000 etp

– Pour 40% des personnes… : 720.000 chômeurs de plus, soit 360.000 etp

– pour 60% des personnes etc….

Nous avons mené notre petite enquête « bonjour Madame, si les niches fiscales étaient supprimées, vous continuez avec notre entreprise ? Réponse non.. 8 fois sur 10 ! »

Ca donne une idée des dégâts colossaux possibles… le gouvernement va t il cependant prendre en compte cette donnée ?

Pas si sur… les précédents sont édifiants.

Prenons l’exemple de l’écologie et du solaire : Il faut impérativement développer une énergie propre, pour cela on encourage le solaire au travers des dispositifs fiscaux et une obligation de rachats de l’énergie par notre électricien national. Oui mais.. Ca coute cher, donc on supprime à la hâte les dispositifs. Sauf que… entre deux des centaines d’entreprises se sont créées sur le secteur, des formations ont vu le jour pour préparer au (soit disant) métiers de demain et que tous ces gens vont agoniser, perdre leur entreprise, leurs salariés vont se retrouver au chômage, avec tout le lot de drames que çà représente.. Et pourtant, trois ans plus tôt il n’y avait pas de com’ politique plus belle que de vanter l’économie verte etc.. Oui mais trois ans plus tard, la mode en com’politique est à la suppression des niches fiscales, alors tant pis pour tout ceux qui y on cru précédemment, et basta..

Prenons l’exemple du CNE, le contrat nouvelle embauche.. Tant décrié parce qu’il comprenait un volet de période d’essai de deux ans pendant lequel toute personne pouvait se faire mettre à la porte sans autre forme de procès. Il était sensé répondre à une problématique de peur d’embaucher par les petites entreprises, désarmées face aux 3000 pages ubuesques de notre code du travail. Notre ex président en avait fait un combat contre son prédécesseur. Seul petit souci, 1/3 des embauches faites sous ce format étaient annoncées comme « n’auraient jamais eu lieu » si ce contrat n’existait pas. Et alors ? Et alors on le supprima vite fait et on imposa une règle rétro active, et… tant pis pour le chômage !

L’idéologie prime, on le voit… et ce qui est réclamé par les entreprises, n’est pas forcément une loi qui aille dans une direction ou l’autre.. C’est surtout que nos politiques se mettent en tête que pour fonctionner, l’économie a besoin d’une stabilité, tout au contraire de l’absence de vision et de durée actuels guidés par des petites guéguerres inter-partis au gré du vent…

Actuellement, un sujet chaud tout à fait révélateur c’est le statut des autoentrepreneurs. Il rejoint à notre avis, la même erreur d’idéologie que celui des niches fiscales avec les services à la personnes. C’est à dire qu’au lieu de se poser la question de « pourquoi ça marche si bien », on s’arc-boute sur les vieilles lunes et comparaisons à d’autres secteurs.

Prenons les auto entrepreneurs, nombreux dans les services à domicile également :

  • Des charges faibles
  • Une comptabilité simplifiée

= 1 million d’auto entrepreneurs en 3 ans

Prenons les services à domicile :

  • Un prix du travail rendu acceptable pour le particuliers
  • Des entreprises qui s’occupent des formalités

= 900.000 employés en équivalent temps plein.

Voici donc deux secteurs, qui grâce à la simplification de leurs accès et à une certaine sagesse sur leurs coûts grâce à des fiscalités ou cotisations moins confiscatoires, ont créé en quelques années près de deux millions d’emplois.

Ce n’est pas l’étude de leur suppression qu’il faudrait faire, mais l’étude de leur succès pour comprendre et adapter aux autres secteurs de l’économie, les recettes qui ont permis à ceux ci leur dynamisme.

Mais pour cela, il faut considérer l’obtention du résultat plus importante que la com’politique à courte vue… et ça, ce n’est pas gagné !