Tout le monde s’accorde pour dire que le pouvoir d’achat est en nette diminution, que se loger, se nourrir, se vêtir et se chauffer sont des problèmes en cruelle augmentation de difficulté pour beaucoup de citoyens et que cela doit constituer une préoccupation majeure de notre politique économique.

Est-ce une raison pour faire n’importe quoi ? Visiblement oui…

Ainsi, le gouvernement nous pond un projet de loi qui semble téléguidé par des raisons de pure tactique politique : Qui veut 1000 € ? Moi, moi, moi… évidement…

Du poujadisme à l’état brut, sans même un effort d’habillage…

« Puisque les salariés ont participé à la création de la valeur par leur travail, il est logique qu’ils en partagent les bénéfices nous dit on ».

Voilà un raccourci qu’il convient de décortiquer à plusieurs  niveaux :

– Les employés participent ils à la création de la valeur oui ou non ?

– Si oui, que faut il partager ?

– Les dividendes, est ce moral ?

 

1) Quelle différence entre un employé et un chef d’entreprise, les salariés participent ils à la création de la valeur ?

Prenons un exemple bien connu : Apple.

–          Le patron, Steeve Jobs, ne perçoit pas de salaire, il est payé uniquement par dividendes.  Son rôle est celui d’un stratège. Nous fabriquons des ordinateurs constate Mr Jobs, et bien faisons de la musique, faisons des téléphones, et voici comment les faire etc…, il prend les décisions qui impacteront l’avenir de l’entreprise, pas un changement majeur d’Apple qui ne passe par les fourches caudines du Boss et de son Board. Si ça marche, l’entreprise fonctionnera bien, et le Boss touchera ses dividendes. Si ça ne marche pas, il ne sera pas payé. C’est clair, net, logique, et rassurant pour toute l’entreprise qui sait que Mr Jobs, il a plutôt intérêt à ce que ça marche…

–          Le vigile qui est à l’entrée, et que personne ne connait, est assurément un salarié. Il ne participe pas à la stratégie, n’est consulté sur aucune décision, et on s’accordera pour dire qu’il ait pour rien dans le succès ou l’échec des produits d’Apple.  C’est pourquoi lui, va toucher un salaire fixe, et quoi qu’il arrive, il aura la garantie de ce salaire.

Cette vision un peu basique pourrait être nuancée selon les postes et les entreprises, mais poserait la même question : Les salariés sont ils partie prenante dans la valeur de l’entreprise ?

Réponse non.. Pourquoi ?

Lorsque l’on est salarié, on doit respecter une règle fondamentale : Le lien de subordination. C’est-à-dire qu’on accepte en échange d’un salaire, de faire ce que l’employeur vous demande de faire, et non pas ce dont on a envie, ou qu’on croit être bon pour l’entreprise. En clair, et que ça plaise ou non, on obéi. Cela n’empêche en rien bien entendu de bien faire son job, ou de mal le faire, avec les conséquences positives ou négatives sur l’exécution d’une mission. Mais on ne choisi pas sa mission, donc on ne participe pas aux choix qui feront que l’entreprise réussira ou pas.

C’est d’ailleurs pour cela qu’en tant que salarié on bénéficie d’un statut très protecteur à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. Alors que le patron n’a aucune protection, ni à l’intérieur, ni à l’extérieur. Le second est responsable de la bonne marche de l’entreprise, le premier ne l’est pas, tout simplement.

Malgré cela, notre gouvernement affirme le contraire, et s’enfonce dans une vision manichéenne sur le partage.

 

2) Que faut il partager ?

Partons du postulat gouvernemental  que les salariés sont responsables de la création de la valeur, en clair que notre vigile de chez Apple a sa part de responsabilité dans le succès de l’iphone4…

Alors les salariés ne seront pas responsables du bénéfice, mais du résultat, et c’est une nuance majeure

Si on se considère partie prenante du résultat, il est en effet logique qu’on en perçoive des dividendes si ce résultat est positif, que ce soit sous la forme de primes, de redistribution etc…

Mais s’il est négatif, si l’entreprise fait des pertes ? On ne peut alors s’absoudre de sa responsabilité. Il conviendrait donc de prévoir en ce cas des retenues sur les salaires dans les mêmes proportions et selon les mêmes règles équitables de calcul.

C’est en cela que ce projet de loi est immoral car il consiste à dire « lorsque l’entreprise fait des bénéfices, c’est grâce à l’ensemble de ses salariés, mais lorsqu’elle fait des pertes, ils n’y peuvent rien »…

En prime, on diabolise les dividendes alors qu’avec un peu de culture économique, il faudrait faire l’inverse.

 

3) Du bon usage des dividendes.

En tant que Patron de l’entreprise, on a plusieurs possibilités pour se payer. Principalement deux : soit un salaire, soit des dividendes.

La grande différence, c’est que le salaire on se le verse de suite, sans attendre les résultats de l’entreprise. Alors que les dividendes c’est au moment du bilan, et uniquement si l’entreprise fait des résultats positifs. Chacun fera donc comme bon lui semble, selon ses moyens, ses besoins et son entreprise.

Un chef d’entreprise qui aurait une haute idée morale de ses responsabilités choisirait une rémunération constituée uniquement de dividendes parce que cette rémunération arrive après toutes les autres.

Elle consiste à dire :

D’abord, je paye les salariés, les fournisseurs, les impôts, les cotisations sociales

Et ensuite, et seulement s’il y a bénéfice, je me paye moi, c’est-à-dire que je me verse une partie des bénéfices s’ils existent d’une part, et quand tous les autres paiements ont été honorés d’autre part.

Ca, ça s’appelle assumer et ça devrait être salué ! Au lieu de quoi c’est conspué…

Conspué car amalgamé avec une idées des dividendes touchés par des actionnaires dormants qui ne travailleraient pas, et donc ne mériteraient pas. Cette idée n’en est pas moins fausse elle aussi.

 

4) Qu’est ce qu’un actionnaire dormant ?

Houu… le vilain actionnaire qui touche des sous sans travailler…  M’ouais… Admettons que justement vous ayez beaucoup travaillé, et gagné suffisamment d’argent pour en avoir de coté tranquillement dormant sur votre livret de caisse d’épargne.

Votre petit cousin vient vous voir avec un projet d’entreprise, il voudrait ouvrir un restaurant, mais il est sans le sou. Il vous demande si vous voulez bien prendre toute votre épargne et l’investir dans son entreprise, dont vous devenez propriétaire d’un bout. Si ça fonctionne, vous toucherez un intérêt (des dividendes) que vous espérez supérieur à votre livret d’épargne.

Toutefois si ça ne fonctionne pas, vous ne toucherez rien, voir pire vous perdrez votre capital si le restaurant s’écroule.

L’unique intérêt de ce risque est donc « si ça fonctionne, de toucher  des dividendes »… L’argent, (votre argent fruit de votre travail passé), vous le retirez de votre livret, vous acceptez un risque, vous soutenez l’activité économique, mais ce n’est pas pour en distribuer les hypothétiques premiers dividendes sous forme de prime à la serveuse du restaurant, on est bien d’accord ?

Et heureusement qu’il y a des personnes qui acceptent de prendre le risque de placer leur épargne au sein des entreprises, qu’elles en soient remerciées, d’autant qu’elles sont rares, la plupart préférant assurer leur épargne pour être certaines de ne rien perdre.

Alors on les remercie ? Ou on les conspue également ?

 

Pour résumer, on diabolise les dividendes alors qu’il faudrait faire l’inverse et on veut distribuer les bénéfices mais pas les pertes. Au passage, on écorne encore l’image de l’entreprise et de l’entrepreneur, ainsi que celle des actionnaires. L’ensemble faisant l’objet d’un projet de loi guidé par l’opportunité politique, qui va accoucher d’une  usine à gaz inapplicable de plus, qui constituera une raison supplémentaire d’amender les entreprises qui n’arriveront pas à  comprendre le process.

 

Et le l’évolution du pouvoir d’achat dans tout ça ?

Hélas, on en est loin, parce que pour distribuer du pouvoir d’achat il faut un préalable absent des discours, absent des faits, absent des réflexions : Produire plus, produire mieux.