Trop, c’est trop !

Qu’on ne se méprenne pas, nous avons pleinement conscience que nombre de personnes sincères s’engagent bénévolement dans de multiples activités associatives sans autres buts que de se rendre utile ou de se faire plaisir. C’est d’ailleurs pour cela que les associations ont si bonne presse dans notre pays, et qu’à l’heure où nombre d’entre elles se distinguent par de cuisants scandales financiers, le bénéfice d’image reste extrêmement positif pour l’ensemble.

Souvenons nous que la mise en place de la sacro sainte loi de 1901 comprenait à son époque deux « gardes-fous » : Pas de religions, pas de fric.

Il faut croire que nos aïeux étaient forts avisés pour ainsi prévoir par avance les risques inhérents à l’introduction de l’argent dans les assocs, encore n’avaient ils pas à leur disposition la forme la plus pernicieuse qui allait engendrer toutes les dérives possibles : les subventions..

Car c’est bien là le cœur du problème : arrêtons les subventions, et 90% des scandales s’arrêteront d’eux mêmes. Et pourquoi pas d’ailleurs ? On peut tout de même penser qu’il devrait y avoir d’un coté des associations qui vivent de leurs passions et des finances de leurs cotisants ou de tout autre système de collectes (qui déjà sont à l’origine de nombreux scandales dans l’humanitaire), de dons, etc… et que celles qui aujourd’hui rendent un service indispensable à la société (dans ce cas c’est qu’il y a carence), soient intégrées à la fonction publique (avec un meilleur contrôle des dépenses..).

Et pourquoi en parle t on ici ?

Parce qu’en tant qu’entreprise de services à la personne, nous vivons une véritable injustice, une scandaleuse concurrence déloyale accentuée par un trafic d’affluence nauséabond digne d’une république bannière. L’ampleur des associations dans les services à la personne est vraiment impressionnante avec 9000 associations sévissant sur le secteur, principalement dans le secteur du maintien à domicile des personnes âgées. Or, ce n’est pas seulement la volonté de s’occuper d’adoucir le quotidien de nos chers ainés qui animent la volonté d’un certain nombre d’entre elles. Ce marché fonctionne de la manière suivante :

– L’état distribue une aide (APA) en fonction de la situation individuelle des personnes âgées pour financer une personne les accompagnant dans leur quotidien, souvent plusieurs heures par jour.

– Certaines associations démarchent les personnes âgées pour leur faire prendre conscience de leur droit à l’APA, et s’occuper pour elles des démarches et de la mise en place des prestations.

– Les assocs concernées touchent l’apa selon un déclaratif d’heures correspondant aux services fournis, payent leur salariés, et tout va bien…

Tout va bien ?

Enfin… quelques anecdotes pour comprendre les légères dérives du système…

– Alors que nous débutions, nous cherchions un moyen fiable de comptabiliser les heures effectuées chez les clients afin de nous assurer de la bonne facturation et des bonnes payes. A Marseille, nous découvrons une toute nouvelle société qui vient de mettre en place un système de télépointage à domicile suite à un appel d’offre du conseil régional.

« ha bon lui dit on, le conseil régional a besoin d’une plateforme de télépointage ? »

« oui oui nous répond on, parce que voyez vous, c’est le conseil régional qui verse l’APA, sur la foi des déclaratifs des associations, et ils veulent désormais verser l’argent en fonction d’heures qui seront télépointées obligatoirement, et seul le conseil aura la main sur le logiciel »

Fichtre… Notre curiosité fut assouvie quelques mois plus tard, lors d’une réunion technique avec les deux responsables marseillaises

« Alors au fait, ils sont content d’être passés sur du reel au CR ? »

« Hou là là vous n’imaginez pas, pour certaines associations, ça a divisés par 10 leurs allocations !! »

« Par 10 !!!! ??? »

« Oui, je vous assure, vous n’imaginez pas, mais ça brassait beaucoup, nous on a été surprises de découvrir des Porsches Cayenne de fonction garées devant des locaux somptueux lors de nos rendez vous, mais maintenant on comprend mieux.. »

Oui, nous aussi….

– Un autre exemple, plus axé sur le relationnel celui ci.. Lors de l’ouverture d’une nouvelle agence franchisée dans une ville de province, qu’elle ne fut pas notre surprise d’avoir un appel de la responsable nous signalant que deux inspectrices pas commodes de la dgccrf avaient fait irruption chez elle, le jour de l’ouverture ! Avec tout un ensemble de remontrances, de menaces d’amendes, bref… d’intimidation ! Le jour de l’ouverture en ayant préparé le dossier par avance, quel curieux hasard… Et bien toujours le fruit du hasard, lors d’une réunion d’information à la ddt quelques mois plus tard, quelle surprise de retrouver nos deux inspectrices au buffet copines comme cochons avec les responsables des associations d’aide à la personne. Bien sur, tout cela est un pure vue de l’esprit mal tournée de l’entrepreneur privé… Et le fait que cela se répète sur plusieurs villes est une autre coïncidence.. Nous avons même eu, au beau milieu de la France rurale, le maire himself de la commune venant expliquer à la toute nouvelle gérante qu’elle n’était pas la bienvenue dans la ville avec sa société de services à domicile !

Pourquoi ?

Eh oui ! Pourquoi ? Aurait on l’esprit mal si mal tourné qu’on s’imaginerait plein de choses… Par exemple on imaginerait que les communes et conseils régionaux versent des subventions en pagaille à des associations « amies », lesquelles renverraient l’ascenseur au mieux avec de menus services comme l’embauche des proches, et au pire feraient tourner des enveloppes ? On imaginerait que peut être, attirés par l’argent facile des subventions, certains y verraient un moyen d’enrichissement rapide sans aucune moralité et sous l’œil  bienveillant ou incompétents des donneurs d’ordre… De là à penser qu’on dérange, oui.. on dérange.. Notre simple existence est un problème : Dès lors qu’il existe sur un marché des entreprises qui rendent un services, sont rentables, et payent des impôts.. Comment justifier la subvention d’associations pour réaliser le même service ? De là à s’imaginer qu’on dérangerait un secteur qui couvrirait parfois des intérêts non avouables…

Non ?

Si…

Et l’on arrive au scandale qui fait déborder le vase : L’admr… L’admr, c’est une association qui regroupe plus de 3000 associations qui emploient plus de 100.000 salariés en France, dans le domaine du maintien à domicile, de l’aide ménagère et du repassage. Nous en entendons souvent parler via les salariés que nous embauchons, souvent pour se plaindre qu’elles étaient payées avec beaucoup de retard, que la pression était importante etc… Évidement, on ne contrôle pas une association en France sauf cas grave, car entre l’angélisme présumé et le maillage publique, elles sont plutôt tranquilles de ce point de vue.

Mais là… plusieurs petites choses ennuyeuses…

– Un premier scandale éclate parce que le responsable de l’admr du nord se verse 20.000 € de salaire par mois… Nul doute qu’il les mérite bien sur…, mais enfin payé par des subventions dont une partie prise sur les impôts des entreprises à qui il fait concurrence, ça fait tâche…

– Une broutille par rapport à ses collègues du Finistère, qui eux réussissent à faire disparaitre plusieurs millions tout en en perdant 10 en deux ans d’exploitation….(sans déposer le bilan bien sur…). Et ceci ne l’empêchant nullement d’alimenter différentes antennes privées grassement rémunérées et remplies de cadres aux salaires plus que confortables. Hélas, toutes les bonnes choses ont une fin et l’ampleur du désastre est telle que la faillite semble inéluctable. Toutefois dans un sursaut de volonté (pour nous d’indignation), malgré ce bilan lamentable, un grand nombre d’élus se portent au chevet du malade pour tenter de lui administrer un dernier remède (pour ne pas tuer la poules aux œufs d’ors ?), ou de « sauver les emplois ». Le prétexte de sauver des emplois étant ridicule puisque qu’il y a myriades de sociétés privés n’attendant que de les reprendre, lesdits emplois. On fait même venir (pour 85.000 €, une paille..), un cabinet d’experts Marseillais (pour assurer la probité sans doute ?) qui comme par un incroyable hasard remet en cause les conclusions de l’enquête Brestoise. Que dire ? Heureusement que le ridicule ne tue pas !

Et nous ?

Nous entreprises privées conspuées à tous les vents médiatiques, contrôlées plus que de raisons, lourdement imposées, subissant si souvent des règles inadaptées à la réalité du business, on paye des impôts pour alimenter de pareils scandales ? Et par dessus le marché ces associations n’ont cesses de critiquer les entreprises privées au prétexte qu’on est le grand méchant Satan et eux auraient le bon dieu dans leurs cœurs ! Faut voir une réunion de l’ansp pour le croire, nous on est parti avant la fin, dégoutés !

Nous sommes donc condamnées à subir cette injustice et à bosser…

Alors pour 2011, un vœux pieu : Vives les associations, SANS SUBVENTIONS !